Valérie Bonenfant
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Un conte où deux mondes parallèles existent de chaque côté d’un miroir, à la fois semblables…et différents !
Une mouche et une araignée vont traverser accidentellement cette frontière interdite, et vivre des aventures étonnantes dans « le monde de l’autre côté »…
Il était une fois un miroir magique, installé dans des toilettes publiques sordides, au-dessus d’un lave-mains, et qui, l’air de rien, était doté de pouvoirs magiques.
En effet, tant qu’on restait à distance de lui, il reflétait correctement les images en face de lui.
Mais, il suffisait qu’on le touche, pour basculer de l’autre côté, dans le monde mystérieux de derrière le miroir.
La première qui se fit piéger fut une araignée du nom de Mousseline. Celle-ci cherchait un coin pour tisser sa toile. L’endroit lui avait paru propice, car sale à souhait : ce n’était pas là qu’elle risquait de voir sa toile déchirée par un coup de balai !
Elle comptait passer par-dessus le miroir pour rejoindre le plafond, mais à peine eut-elle posé les pattes dessus, qu’elle sentit une drôle d’impression. C’était comme si la surface de la glace s’était changée en miroir d’eau, sauf que là, il était vertical ! Bizarre !
Soudain, elle perdit pied, et fut aspirée de l’autre côté… Le temps de se rendre compte de ce qui s’était produit, elle se retrouva derrière le miroir, au droit de l’emplacement où elle était il y a encore quelques instants. Et de ce côté, la surface semblait bien rigide.
Mousseline arpenta de long en large le miroir, mais partout, c’était dur. Impossible de retourner de l’autre côté !
L’araignée osa alors tourner les yeux et regarder derrière elle le nouveau monde inconnu qui se présentait à elle.
Curieusement, cela ressemblait assez à ce qui était de l’autre côté de la vitre : des cuvettes, des lavabos, des robinets… Mais en plus propres, étincelants même, et aussi plus colorés : du vert, du jaune, du bleu…
-« Mais où suis-je ? Que fais-je là ? Ça m’allait très bien, moi, la saleté… » gémit Mousseline.
Juste à ce moment-là, elle fut poussée derrière les fesses par une mouche, qui pensait se poser tranquillement sur le miroir, et venait en fait de le traverser, en atterrissant juste sur l’arrière-train de l’araignée.
-« Aïe ! » fit l’une.
-« Oh ? » fit l’autre.
« Pardonnez-moi, chère Madame l’Araignée, j’ai dû faire une erreur d’inattention, je croyais me poser sur une glace, dans des toilettes publiques… » dit la mouche qui s’appelait Zabor.
-« Et c’est ce que vous avez fait … » répondit Mousseline, « sauf qu’en l’occurrence, le miroir est poreux, et que vous venez, comme moi tout à l’heure, de le franchir. »
-« Hein ? Mais que racontez-vous là ? Ce n’est pas possible… » s’exclama la mouche.
-« Et bien, jugez par vous-même, regardez… » invita l’araignée, en présentant à Zabor leur nouvel environnement.
Celle-ci fit un vol de repérage.
-« Mais c’est affreux ! » s’écria-t-elle, « ça sent le propre, le frais… Moi qui étais venue ici attirée par les bonnes odeurs de crottes et d’urines… C’est une infamie de tromper ainsi les gens, et de les amener dans un monde parfumé et hygiénique ! Je veux retourner de l’autre côté ! »
-« Ma pauvre, j’ai bien essayé, malheureusement sans succès… » dit l’araignée, tristement.
Mais la mouche voulut en faire sa propre expérience. Elle prit de l’élan et fonça vers le miroir.
PAN ! Elle se cogna sans ménagements contre la vitre, refit une tentative et s’aplatit sans succès contre la paroi.
-« Ah, zut de zut ! Nous sommes coincées ! » grogna la mouche.
A ce moment-là entra un nettoyeur des lieux, une espèce de rat en uniforme à la bouche large, aux lèvres pompeuses. Celui-ci repéra immédiatement les intruses.
-« Quoi ? Une araignée et une mouche ici ? Pas possible… C’est encore ce fichu miroir qui nous joue des tours. Depuis le temps que j’ai demandé à le remplacer ! Il n’est plus étanche, et il nous fait entrer des étrangers douteux. Beurk ! Ca me dégoûte… Allez ouste dehors, rentrez chez vous, sales bêtes ! Il n’y a pas de place pour les mouches et les araignées ici ! C’est trop propre pour vous ! »
-« Nous sommes d’accord ! » dirent en chœur Zabor et Mousseline.
Le nettoyeur saisit alors un coin du miroir qu’il souleva, et chassa sans difficultés, les deux insectes de l’autre côté.
-« Sauvées ! » s’exclama joyeusement Mousseline.
-« Ouf ! Nous voilà mieux ! Ça alors, un rat au pays du propre, sans doute un ancien habitant des toilettes reconverti… Brrh, cette histoire m’a fait peur, plus jamais je ne me poserai sur un miroir ! » dit Zabor.
Les deux aventurières retrouvèrent avec plaisir leurs toilettes crasseuses et malodorantes. Elles décidèrent de s’y établir.
Quelque temps plus tard, elles constatèrent qu’un nouveau miroir venait d’être installé, à la place de celui qui leur avait valu des émotions.
-« Tu crois qu’il a aussi des pouvoirs magiques ? » interrogea Mousseline.
-« Je ne pense pas » répondit Zabor, « mais franchement, je n’ai pas envie de le tester… »
La mouche avait raison. Le nouveau miroir était on ne peut plus normal. Il assurait désormais parfaitement l’étanchéité entre les deux mondes voisins, le propre et le sale, et les êtres qui vivaient dans chacun.