Valérie Bonenfant
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Quand le mistral souffle tellement fort qu’il emporte dans le ciel un moulin de Provence…
Une aventure incroyable pour le meunier qui est resté accroché à son outil de travail !
Le voilà en train de voler dans les airs, façon hélicoptère ultra rapide, dans son moulin !
La garrigue, Marseille et la Bonne Mère, la mer…
Mais où le vent l’emmène-t-il donc ?
Peut-être, vers son destin tout simplement…
Il était une fois un joli moulin de Provence, installé en pleine garrigue. Tout construit en pierres, de corps rond, avec un petit toit pentu, il arborait fièrement ses ailes, qui tournaient joyeusement au gré du vent local.
Un jour, par temps de fort mistral, à décorner les bœufs, les ailes s’emballèrent, et accélérèrent leur rotation, façon hélice d’hélicoptère… Fichtre ! Ca tournait drôlement fort ! Le meunier essaya bien de calmer le jeu, mais tout ce qu’il présenta au moulin pour calmer son viroulet, fut réduit en menus copeaux ! Le vent était trop fort : il chassait les nuages dans le ciel, et faisait tourner trop vite sa roue. Aïe aïe aïe, il allait y avoir de la casse !
-« Bonne mère, c’est pas possible ! Faites quelque chose, ce mistral-là, il va tout péter ! Et après, adieu farine, adieu travail, et adieu sous ! Je vais être ruiné, déjà que je ne suis pas bien riche… » gémit le pauvre meunier.
Mais les ailes ne semblaient pas vouloir ralentir. Au contraire, c’était comme si elles tournaient plus vite ! Elles allaient si vite qu’on ne les distinguait même plus : comme un nuage d’hélice…
Tout ce charivari faisait trembler le moulin. Soudain, on entendit un craquement.
-« Et voilà ! Il a cassé mon moulin ! Oh bonne mère ! Quel vent ! Même à Marseille, il n’a jamais soufflé aussi fort ! Qu’est-ce que je vais devenir, moi, avec mon moulin branlant ? »
Un autre craquement sinistre. Puis un autre. Et encore un dernier, du plus mauvais augure… Le moulin était descellé. Il ne tenait plus au sol ! Et les ailes qui continuaient à tourner à plein régime !
Le pauvre meunier s’accrocha à son échelle. Pas question de quitter son chez lui ! Il le retiendrait à la terre, à la force de ses bras, lui tout seul, contre le vent ! Mais que pouvaient des muscles face à une tornade déchaînée ?
Comme un hélicoptère à l’hélice sur le côté, le moulin s’éleva dans le ciel. Le vent le poussa à plein régime, vers le sud. En l’air, il dépassa les voitures qui filaient sur l’autoroute. Il aperçut même le TGV qu’il laissa loin derrière lui ! Toujours pendu à son échelle, à l’intérieur du moulin, le meunier soliloquait :
-« Ben ça alors ! Si quelqu’un m’avait dit qu’avec mon moulin, je doublerai le TGV, je l’aurais pris pour un fada ! Quand je vais raconter ça aux collègues, ils vont croire que j’ai bu un pastis de trop… Ah bonne mère, quelle aventure ! »
-« Tiens, mais on dirait la mer, là-bas au fond… Pas possible, on dirait Marseille ! » s’exclama le meunier.
-« Oh, bonne mère, vous êtes tout prêt de moi. Arrêtez ce voyage, s’il vous plaît. Mon moulin est fait pour écraser le blé, pas pour me véhiculer… J’ai ma titine pour ça ! »
-« Bon d’accord, elle est vieille, et elle pollue, mais ce n’est pas une raison pour la mettre à la poubelle quand même… »
Le vent redoubla de violence et lui fit parcourir quelques kilomètres de plus.
-« Ah, vous êtes bien brave ! Vous ne m’avez pas envoyé sur la mer… C’est vrai que mon moulin ne sait pas nager… et moi non plus d’ailleurs ! Oh bonne mère, où nous emmenez-vous comme ça ?
Le meunier grimpa quelques barreaux de plus à son échelle, histoire d’y voir un peu mieux et d’essayer de se repérer…
-« Nous sommes au-dessus de la garrigue. J’ai l’impression que nous longeons la côte. Nous allons vers Toulon, certainement. Hé, peut-être que je vais voir cousine Berthe ! Ce serait trop drôle de lui faire un petit coucou en moulin… Quelle surprise ! »
Justement, le vent ralentissait…
-« Ben ça alors, nous allons moins vite… Là, on dirait même que le train nous rattrape… Et les voitures aussi ! »
En même temps, le moulin perdait aussi de l’altitude.
-« Ben mon Zami, on dirait que nous n’allons pas tarder à nous poser. Té vé, là-bas, ne serait-ce pas la maison de cousine Berthe ? »
Le vent venait de caler tout à fait, le moulin se posa sur la colline, située juste au-dessus de la bâtisse de la fameuse cousine. Avec la chute, il creusa son assise solidement dans la terre. Enfin, le meunier put descendre de son échelle.
Il n’était pas plutôt arrivé en bas que cousine Berthe entra dans la pièce.
-« C’est bien toi, cher cousin ! il me semblait bien avoir reconnu ton moulin ! Alors, tu as eu mon message ? »
-« Ton message ? Quel message ? »
-« Que notre meunier était parti, et qu’il y avait ici, à Toulon, une place pour toi, et que j’ai proposé à tout le monde de t’inviter… Tu es venu avec ton outil de travail, c’est encore mieux ! »
Le meunier resta interloqué : il venait de vivre un miracle ! Ah, bonne mère…
Promis, il ne boirait plus de pastis… Plus d’alcool du tout, d’accord !
Quant à sa voiture polluante, c’est entendu, il ne l’utiliserait plus, elle irait à la casse… De toute façon, les voyages, il en avait eu son compte !