Valérie Bonenfant
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L’histoire d’une reconversion réussie…
Un panier, qui servait autrefois pour le transport de bûches, est utilisé désormais comme porteur de pique-nique. Un nouveau métier qui lui plaît bien ! Mais voilà que des animaux coquins viennent lui chiper ses victuailles…
Aïe ! Que va-t-il donc pouvoir donner à manger à ses randonneurs affamés…?
Sandwich était un panier en osier, dernièrement reconverti en « transporteur de pique-nique ». Auparavant, il servait à porter des bûches à la cheminée, et même si ce métier-là lui avait plu pendant des années, il était content aujourd’hui de passer à autre chose…
Certes, le contact du bois l’avait comblé pendant tout ce temps : il avait rencontré du pin jeune, quelques belles souches de vigne, et même un chêne au grand âge qui lui avait raconté des histoires sur plusieurs générations. Une belle expérience, ma foi, mais qui lui avait détendu son tissage, tant la charge était lourde !
Aujourd’hui, bien sûr, il portait encore du poids, mais ce n’était rien par rapport à ce qu’il avait levé. Au pire une bouteille d’eau, un pot de confiture ou un saucisson.. Pour le reste, le pain, le fromage, des fruits, c’était à peine s’il les sentait !
Un jour, on l’emmena pique-niquer au bord d’un lac. L’endroit était magnifique, verdoyant, empreint de sérénité. Sandwich s’installa sur l’herbe, prêt pour l’heure du casse-croûte. Vu la marche qu’ils venaient de faire, ça ne devrait plus tarder ! La randonnée, ça creusait !
Effectivement, les premiers ventres gourmands s’approchèrent du panier avec appétit. Miam ! Aujourd’hui, encore un bon menu à la clé : de jolies petites tomates, de généreux pains bagnat et en dessert, comble de joie, une belle tarte aux framboises, fraîchement cueillies de la veille. Ils allaient se régaler ! Soigneusement, Sandwich déballa son contenu. D’abord les tomates… Mais, à peine celles-ci installées sur la belle nappe à carreaux rouge et blanc, voilà que des oiseaux grappilleurs foncèrent et prélevèrent dans leurs becs, les mignonnes baies rouges. De tomates, il n’y avait plus ! Les randonneurs eurent beau crier, vociférer, menacer… Rien n’y fit ! Les tomates s’étaient envolées !
-« Grrrh… Vous ne perdez rien pour attendre ! » menaça Sandwich, en colère.
Mais voilà qu’au moment de sortir les pains, une autre mauvaise surprise allait se révéler aux randonneurs. Des fourmis s’étaient infiltrées dans le panier, par les petits trous laissés par le tissage, et avaient pris d’assaut les bons sandwichs du déjeuner.
-« Beurk ! » s’écria le premier gourmand qui s’était jeté sur la nourriture avec faim, « il y a plein de bestioles ! »
-« C’est dégoûtant ! » dit un autre, en recrachant de petites bêtes noires qui n’avaient rien à voir avec un pique-nique, « il y en a même à l’intérieur ! »
-« Quel pique-nique raté ! C’est à cause de ce maudit panier qui a laissé filtrer ces bêtes. Avec un sac en toile serrée, nous n’aurions pas eu ces ennuis… »
Alors ça, c’était un peu fort ! Comme si c’était sa faute à lui, pauvre panier, si des fourmis étaient entrées… ! Ce n’était pas juste !
-« Quand nous serons de retour, je le ramène aux bûches ! Ici, il ne nous sert pas… »
Retourner au transport du bois ? Ah non, ce n’était pas possible ! Ils n’oseraient pas faire ça ! Sandwich avait déjà donné, trop d’ailleurs, il ne supporterait pas longtemps de lourdes tâches…
En quelques jours, c’était sûr, il serait percé… Le pire qui puisse arriver à un vieux panier comme lui. Ah non, il ne se laisserait pas ramené au bois sans résister ! Ce pique-nique serait le plus beau souvenir de leur vie ! Sandwich s’en fit un point d’honneur ! Il partit aussitôt en guerre contre les fourmis. Il profita de son tressage assoupli, pour les faire danser sur des vibrations allegro presto.
-« Ah, ça tremble, mes coquines ! Et vous n’avez encore rien vu ! Hop et ça sort ! Encore des volontaires pour une éjection gratuite ? Hop, mesdames sont servies ! »
Bientôt, le panier fut vidé de ses occupantes. Bon débarras ! Restait maintenant à réparer les dégâts ! Les tomates cerises ? Impossibles à récupérer dans les ventres des volatiles… Par contre, des cerises sur les arbres, ça oui, il pouvait en cueillir ! Il parla alors en cerisier aux arbres voisins. Une langue qu’il avait apprise pendant son séjour chez les bûches… Pas de problème ! D’ici quelques minutes, on lui apporterait des paniers entiers !
D’autres besoins ? Des pommes, des pêches, des abricots ? Aucun souci ! Ses amis arbres lui réservaient leurs meilleures récoltes.
Bientôt, toutes ces victuailles s’approchèrent des randonneurs, portées par des animaux réquisitionnés à la cause. Que de merveilles ! Tout ça défilait devant les yeux émerveillés des marcheurs.
Miam ! En plus, c’était délicieux ! Et, comble du comble, une surprise fut servie au dessert, apportée spécialement pour ces grands explorateurs : du miel tout frais livré par un arbre qui hébergeait une ruche.
Alors ça ! Pour être un pique-nique inoubliable, ce fut réussi ! Le sourire était largement revenu sur les visages des randonneurs. Oubliées les tomates cerises, les fourmis, et le panier à réformer !
Sandwich conserva sa place de panier officiel de pique-nique, où son langage des arbres permit, lors d’autres excursions, de merveilleuses et nouvelles surprises !