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Le phare Promeneur

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Valérie Bonenfant
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Quand la volonté de sauver les autres accomplit des miracles…
Face à une mer déchaînée qui met en danger les chers bateaux de son port, un phare agit, d’abord avec sa lanterne, qu’il éclaire au maximum de sa puissance…
Puis, comme cela ne suffit pas, en partant les chercher au large, et en les ramenant au port…
Un conte où rien n’est impossible à celui qui a du cœur !

Promeneur était un phare installé à l’entrée du port de St-Eustache, un petit village de pêcheurs, au bord de la Méditerranée. Il assurait bien son travail de garde des bateaux, avec sa lanterne verte qui tournait tous azimuts, en haut de sa tête.
Fier, élancé, il ne craignait ni le vent, ni la tempête. La mer, il connaissait ses caprices : un jour contente et douce, à lui chanter des airs de clapotis à ses pieds… Le lendemain, en furie, gesticulant de ses mille vagues, lui assenant des claques qu’il encaissait sans rien dire.
Il ne la craignait pas, mais c’était pour ses bateaux qu’il avait peur. Avec ses colères aveugles, elle était bien capable de lui en emporter un, sans qu’il s’en aperçoive !
Alors, les soirs de tempête, Promeneur redoublait de lumière, et guettait ses amis pêcheurs pour les arroser au mieux de son faisceau.
Mais, un jour, la mer agit avec traîtrise. C’était pour la fête des pêcheurs. Tous les bateaux, sans exception, étaient sortis du port. Le soleil brillait, le ciel était d’un beau bleu limpide, et tout se passait pour le mieux.
-« Tè Félix, ton pointu, il a des toiles d’araignées, sûr que tu ne l’as pas sorti de sitôt, ton « Félice »… » se moqua Rademéduse.
-« Même qu’on dirait qu’il a des rustines, là, sur le côté… Ben, tu en as du courage d’aller en mer sur ce vieux raffiot ! » ajouta Clochefigue.
-« Bonne mère ! Ca va que c’est la fête des pêcheurs aujourd’hui, parce que sinon, le « Félice », il ne fait pas rire du tout… » dit Olive.
Mais Félix, lui, continuait tout sourire à conduire son « Félice ». Cette sortie en mer, c’était un peu comme des retrouvailles, entre son vieux pointu et lui…
Promeneur regardait tout ce petit monde naviguer, avec tendresse.
Là, « Perle de Méditerranée », comme il dansait bien sur l’eau, un vrai moteur de musicien, qui bougeait au rythme des vagues.
Et son « Comodor », comme il brillait sous le soleil avec sa peinture toute neuve.
Tout à ses contemplations, Promeneur ne vit pas se poindre les nuages sournois, tous noirs et gris, annonciateurs de mauvais temps. Ni une ni deux, les voilà soudain au-dessus des bateaux.
La mer, qui les avait appelés pour être ses complices, grossit alors, forcit et commença à battre sans laisser plus de temps aux pêcheurs pour se retourner.
-« La bougresse ! Elle ne va quand même pas oser gâcher leur fête ! » gronda le phare.
Mais hélas, on dirait bien que si ! Dans le ciel, les nuages lançaient méchamment leurs éclairs. Promeneur tenta de les arrêter.
-« Hey, les drôles ! Arrêtez avec vos éclairs ! Pour la lumière, il y a déjà tout ce qu’il faut ici, et c’est moi qui l’assure… Alors, du balai ! »
Mais les nuages ne bronchèrent pas. Au contraire, ils se foncèrent encore davantage. La mer, quant à elle, s’en donnait à cœur joie, avec ses grands fracas de vagues. Elle secouait les bateaux et les claquait avec plaisir.
Les pauvres supportaient le choc tant bien que mal. Les moins éloignés parvinrent à rentrer au port. Mais ceux qui semblaient plus avancés en mer, semblaient perdus. Parmi eux, Rademéduse, Clochefigue et Félix. Ballottés, arrosés, fouettés, ils semblaient vraiment en difficulté. Alors Promeneur agit :
-« Arrête ça tout de suite, vilaine mer ! Qu’est-ce que tu cherches, à les noyer ? »
Et il alluma sa torche à pleine puissance vers leur direction, comme une perche qu’il leur tendait. Mais le faisceau semblait un bien maigre appui pour ces bateaux qui avait besoin d’une aide à la matière plus consistante.
-« Nom d’un pirate ! Je ne peux pas laisser faire ça… Allez ouste ! J’y vais ! »
Et il s’accomplit alors un phénomène incroyable. Au milieu de ce ciel noir et de la tempête, le phare Promeneur bougea et s’en alla quérir ses chers bateaux. Il s’approcha au plus près d’eux et doucement, les chargea sur sa tête.
Quand tous trois furent installés au calme sur son toit, il repartit en direction du port. La mer eut beau le battre de toute sa colère exacerbée, les éclairs le viser de leur puissance maléfique, Promeneur rentra reprendre sa place à l’entrée du port. Là, il ramena les bateaux à l’eau, dans les eaux calmes du site protégé.
Voilà, tout le monde était sauf ! Quand enfin, le soleil revint et que le calme fut rétabli, la fête des pêcheurs reprit. Mais, cette fois, pas de sortie en mer. La fête se déroula dans le port, plus exactement à son entrée, avec leur phare sauveteur comme héros central.
Et, pour le remercier, on lui confectionna une belle plaque dorée sur laquelle on put lire :
« Merci à Promeneur, notre phare bien-aimé qui a sauvé courageusement de la tempête, les valeureux pêcheurs de St-Eustache.
Signé : les pêcheurs de St-Eustache ».












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