Valérie Bonenfant
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Quand deux destins accidentés de la vie se rencontrent…
Un vieux piano, ex-instrument d’un virtuose, est mis à la disposition d’un grand musicien déchu.
Au fin fond d’un piano-bar sordide, leur premier contact n’est pas franchement une réussite !
Mais les suivants par contre vont se révéler… extraordinaires !
Quand deux destins accidentés de la vie se rencontrent…
Un vieux piano, ex-instrument d’un virtuose, est mis à la disposition d’un grand musicien déchu.
Au fin fond d’un piano-bar sordide, leur premier contact n’est pas franchement une réussite !
Mais les suivants par contre vont se révéler… extraordinaires !
Le piano Forté dessin conte pour enfants
Le piano Forté
dessin conte pour enfants
Il était une fois un piano qui s’appelait Forté. Comme beaucoup d’instruments, il adorait la musique classique : la douce romantique, la religieuse empruntée, la symphonique enlevée…
Un jour, curieusement, il fut emmené dans un piano bar « Chez Marcel ». D’emblée, l’endroit ne lui plut pas : petit, sombre, enfumé… Beurk ! Comment faire de la musique dans un lieu pareil ?
Tard le soir, alors que Forté se préparait à s’endormir, un musicien arriva. Quoi ? On allait jouer maintenant, à cette heure-ci ! Non, ce n’était pas raisonnable ! D’habitude, il était couché depuis longtemps…
Mais le pianiste s’assit à son fauteuil et exécuta quelques notes. Tout endormi, Forté réagit : la, sol, si… Beurk ! Mais quelle fumée ! Ça ne s’arrêtait jamais ces bouffées malodorantes ! Forté toussa quelques notes rauques. Ouille ! Le pianiste n’avait pas l’air content ! Discrètement, le piano se racla les cordes irritées. Il prit une profonde inspiration et joua d’affilée la série de notes que le musicien avait posément tapoté de ses doigts. FADOMIREDODOFA !
-« Hein ? Mais ça va trop vite ! Jamais, je n’ai joué un mouvement tel que celui-là ! Qu’est-ce que c’est que ce piano mal fichu ! Encore un coup du patron trop radin pour acheter du matériel de qualité ! Quand je pense qu’un musicien virtuose tel que moi est obligé de se coltiner un engin pareil… ! »
-« Non mais, pour qui se prend-il, la castagnette de piano, là ? Un virtuose ? Un navet, oui ! Un médiocre nullos, une honte pour la musique ! » ronchonna Forté, dans de grands éclats de sons.
-« Incroyable ! Voilà qu’il joue fort, alors que mon toucher était tout en légèreté ! Jamais vu un instrument pareil… A part une casserole, il n’est comparable à rien ! »
-« Une casserole ? Non mais jamais, je n’ai eu à subir un tel affront ! Puisque c’est comme ça, je m’arrête ! Un comble pour moi qui adore jouer de la musique… »
Et Forté se tut. Dans la salle, petit à petit, la fumée se fit un peu moins épaisse, et les gens s’en allèrent. Ouf ! Débarrassés !
-« Ouvrez les fenêtres ! Allumez la lumière ! » réclama Forté, « j’ai besoin de faire respirer mes cordes ! »
Mais, une puissante ventilation s’en chargea.
-« Quel bruit ! Et quel souffle ! Avec tout ça, j’aurais de la chance si je ne m’enrhume pas ! »
Le lendemain soir, re belote. Forté se retrouva baigné dans la fumée et l’obscurité, avec son pianiste désabusé.
-« OK, OK, OK ! » dit le patron, « je vois que ça ne marche pas, Polo, avec ce piano… Qu’est-ce qui se passe, c’est un excellent instrument, pourtant! »
-« Mouais, tu parles ! Juste bon pour la casse, oui ! Je n’arrive pas à en sortir une note correcte… » se plaignit le pianiste.
-« Je t’assure que le propriétaire précédent était un artiste de renom, le célèbre Hector Van Bottel, parti en retraite… »
A ce nom-là, Forté eut une larme de nostalgie. Ah… Hector Van Bottel, son maître, un grand homme…
-« Quoi ? Ce clou-là, c’était le piano de Van Bottel ? » s’étonna Polo.
-« Oui, je pensais qu’avec lui, tu allais faire des merveilles… » émit le patron.
-« Oui, oui… » médita le pianiste.
Une fois tout le monde parti, Polo resta seul dans la salle avec le piano. Du bout des doigts, il le caressa doucement. Avec tendresse, il effleura les touches.
-« Alors, toi aussi, tu es tombé dans ce trou à rat… Tu sais, je n’ai pas toujours fait ça, dans ma vie… Autrefois, j’étais un grand musicien, toujours demandé dans les plus grands concerts, j’ai joué dans les plus belles salles du monde. Ah, je me rappelle, la Foliday Opera… »
-« La Foliday Opera, tu as joué dans cette salle ! C’est une merveille, paraît-il ! Seuls les virtuoses y sont conviés… ! » s’exclama, stupéfait, Forté.
-« Hé bien, j’y étais ! Même que j’y ai joué la 18ème symphonie de Balthazar Vonzart.
-« Oh ! C’est mon morceau préféré ! Fabuleux ! J’ai toujours rêvé de le jouer ! » s’enthousiasma Forté.
-« Hé bien, si tu veux, on peut essayer… » proposa Polo.
Tous deux se mirent en position et s’envolèrent dans un accord parfait sur cette musique féerique. On ne savait qui du piano ou du musicien était le plus heureux ! Ils jouèrent toute la nuit, et le lendemain, les personnes les trouvèrent, unis comme jamais, à jouer dans une harmonie parfaite.
Du coup, plus personne ne parla, ne fuma ni ne bougea. Tous étaient captivés par la magie des sons. Une douce lumière fut placée au-dessus des artistes, et le public se laissa transporter par la merveilleuse musique. Une pureté qui fit du bruit dans le monde… Partout, on ne parlait que du lieu où se jouaient des airs extraordinaires.
Bientôt, la salle ne désemplit plus. Tous voulaient être emportés par la magie du duo Polo et Forté.
Fini, le piano-bar enfumé ! La salle fut rebaptisée « la Marcellissime » et devint un lieu sain et pur, où la décoration était en harmonie avec la musique qui s’y jouait…