Valérie Bonenfant
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Le conte d’une merveilleuse innocence…
Un jeune rat découvre pour la première fois le monde au-dessus des égouts. Il fait nuit, et son premier émerveillement, ce sont les étoiles.
Comment ? Des petits hommes verts y habitent ? Merveilleux ! Comme il voudrait tant en rencontrer… Et il va réussir, mais pas ceux que l’on croit !*
Marchal était un jeune rat qui avait grandi dans les égouts d’une cité importante.
L’heure vint où enfin, il allait être autorisé à sortir des longs tuyaux souterrains, pour découvrir la ville au-dessus. Pour sa première expédition, il fut accompagné d’un mentor, du nom de Paul.
-« Allez, petit ! Prépare-toi, on y va ! » invita celui-ci, paternellement.
-« Ça y est ! J’suis prêt ! » répondit le raton joyeusement, tout excité à l’idée de découvrir ce nouveau monde.
-« Alors, en route ! » lança le mentor, hardiment.
Ils empruntèrent un long tunnel aux odeurs parfumées de lessive, puis le 22ème corridor à droite, connu pour ses flottaisons de bois, le 5ème tuyau à gauche, suivi du couloir du fond remontant vers la bouche n°9 qui débouchait sur la voie publique.
Marchal ne se doutait pas que la ville était si loin.
-« Sommes-nous bientôt arrivés ? » demanda-t-il à Paul.
-« Oui, encore un effort et nous serons rendus. Par contre, j’ai bien peur que nous débouchions de nuit, vu le temps que nous avons pris pour faire le voyage… » répondit le mentor.
La nuit ? Cette grande chose noire dont il avait tant entendu parler… Pffft ! Pas grave ! Dans les égouts, la couleur sombre était de mise, il était habitué…
Enfin, la bouche fut en vue. Quelques échelons à gravir, et le grand moment de la découverte serait là… Avec émotion, Marchal regarda Paul soulever la plaque.
-« Allez, viens ! » dit le mentor, d’un regard appuyé.
L’aventure de la ville commençait. Marchal sortit et fut captivé aussitôt par le ciel et ses nombreuses étoiles.
-« Waouh ! Que c’est beau ! » s’exclama-t-il.
-« Ouais, pas mal… » confirma Paul, « ici, c’est la rue Fuga, avec des maisons pas très originales, mais assez esthétiques. Attends de voir la rue Minister, avec ses grandes tours, tu vas être bluffé… »
Mais Marchal restait le museau pointé vers le ciel. Les maisons, les rues… Même pas, il ne les avait remarquées.
-« Et il y a des habitants, là-haut ? » demanda-t-il, émerveillé.
-« Bien sûr, des hommes, des femmes, des enfants… Mais je te préviens tout de suite : ils ne nous aiment pas beaucoup ! »
-« J’aimerais tellement les rencontrer… » se prit à rêver Marchal.
-« Quelle drôle d’idée ! » s’étonna Paul.
-« Et, à quoi ressemblent-ils ? » continua le petit.
-« Debout, sur les deux pattes arrières, une tête ronde, sans oreilles pointues… Des monstres, quoi ! »
-« Pouvons-nous y aller ? Cette étoile bleue là-bas me plaît particulièrement… »
Paul, qui n’avait jamais été confronté à de telles demandes, regarda alors son disciple. Mais… Ce museau pointé vers le ciel, les yeux regardant en direction des constellations… Sacré coquin ! C’était le ciel qu’il regardait ! Paul comprit sa confusion.
-« Ah non, mon raton ! Là-haut, ce sont de petits hommes verts qui y habitent… Enfin, du moins, c’est ce qu’on m’a dit… Mais, ne t’inquiète pas, il n’y en a pas ici… » expliqua le mentor.
S’inquiéter ? Ah ça non, alors ! Au contraire, Marchal rêvait d’en rencontrer !
A son voyage suivant, effectué cette fois en solitaire, Marchal s’évertua à partir à la recherche des petits hommes verts. Pas là… Ni là… Ni dans cette rue non plus ! Bigre, les voitures ! Ouille, il avait failli se faire écraser…
Puis soudain, la révélation ! Là, tout à coup, un petit homme vert surgit ! Génial ! Il en avait trouvé un! Marchal repéra bien l’endroit, puis partit alerter ses confrères.
-« Un petit homme vert ! Un habitant des étoiles ! J’en ai découvert un ! Venez vite le voir ! » hurla-t-il, tout excité.
-« Allez, dépêchez-vous ! Avant qu’il ne s’en aille ! C’est un miracle ! Il ne faut pas le rater ! »
Marchal, fort de sa conviction, réussit à ameuter les foules. Une cohorte de rats impressionnante se mit en route, derrière lui. Bientôt, ils débouchèrent sur la fameuse avenue où l’extra-terrestre avait fait une apparition. Mais, à sa place, un petit homme rouge…
Ça alors ! Il était parti ! Ah zut ! Quel dommage ! Tout déconfit, Marchal s’apprêtait à congédier avec regret ses confrères. Quand soudain, dans un dernier regard vers l’emplacement, il le vit réapparaître…
-« Le voilà ! Il est là ! » cria-t-il de bonheur, en sautant sur ses quatre pattes.
-« Là ? Où ça ? On ne voit rien… » s’étonnèrent les autres rats.
-« Mais là, dans son engin interplanétaire noir… » s’agaça Marchal, en montrant le petit homme.
Un silence lui répondit.
-« Hum-hum… Ton extra-terrestre, ce n’est quand même pas ça… » demanda Paul, inquiet.
-« Bien sûr que oui… C’est même toi qui m’as dit que les habitants des étoiles étaient de petits hommes verts… » argumenta Marchal.
-« Chut ! Moins fort ! » souffla le mentor.
Mais trop tard. Une foule de rires parcourut l’assemblée des rats. Quoi ? Comment osaient-ils ? Marchal n’y comprenait rien.
Quand tous furent partis, le raton, resté seul avec son maître, demanda des explications. Celui-ci l’éclaira enfin.
-« Ce que tu as pris pour un habitant des étoiles n’est en fait qu’un bonhomme lumineux autorisant le passage des piétons, pour traverser la route… Dans la ville, il y en a à chaque carrefour… »
Oh oh… ! Bon… D’accord… Il avait fait une erreur… Mais, ce n’était que partie remise, car les petits hommes verts, Marchal était sûr qu’ils existaient !