Valérie Bonenfant
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Retour sur le passé, avec ce rétroviseur magique !
Antoine voit les images de son enfance défiler dans le miroir…
Mais… Le rétroviseur se trompe ! Ses souvenirs ne sont pas comme il le lui indique : son petit frère était un monstre, pas un gentil garçon comme on le lui montre !
Et pourtant…
Le conte d’une belle réconciliation, des années plus tard…
Antoine, un homme qui conduisait sa voiture, eut un jour, une drôle de surprise.
Alors qu’il regardait son rétroviseur pour vérifier qu’aucun véhicule n’était en train de le dépasser, il aperçut dans le miroir, en lieu et place du paysage routier, un visage d’enfant qui le contemplait.
Interloqué, il crut à une forte migraine qui lui donnait des visions… Le temps de reprendre ses esprits, et il jeta à nouveau un coup d’œil dans son rétro. Ca alors, le minois du petit était toujours là. Pire ! Il lui ressemblait, quand il était enfant !
-« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? J’ai des hallucinations ou quoi ! Oh, il va falloir que je retourne voir mon docteur, ça ne va pas fort en ce moment, on dirait… »
Et il reprit sa conduite en se concentrant sur la route devant lui. Il n’avait plus du tout envie de regarder le miroir à côté de lui. Mais, celui-ci l’appela :
-« Hé, pssitt ! Antoine ! C’est moi, Antoine, quand tu étais jeune. Qu’est-ce qu’il t’arrive que tu ne veux pas me regarder ? Je te fais peur ou quoi ? »
Alors là, c’en était trop ! Après les hallucinations visuelles, voilà maintenant qu’il entendait des voix ! Vite, il arrêta sa voiture sur le bas côté, histoire de remettre un peu de raison dans cette histoire. Mais, même à l’arrêt, le rétroviseur se remit à parler.
-« Ben oui, ce n’est que moi, l’image de ton passé. On dirait que ça ne te fait pas plaisir de me voir, dis donc… »
Antoine s’approcha et regarda timidement en direction du miroir.
-« Heu… Ce n’est pas ça, mais c’est tellement inattendu… Dans un rétroviseur, habituellement, on ne voit que la route qu’on laisse derrière… » tenta de se justifier le grand Antoine.
-« Hé bien, c’est exactement ça, je suis celui que tu as laissé en arrière, pour devenir l’adulte que tu es aujourd’hui… Il n’y a rien d’étonnant à ça ! » expliqua le petit Antoine.
Antoine réfléchit puis abandonna. Dans cette affaire, la raison n’allait pas l’aider, alors mieux valait laisser tomber. Il s’installa face au miroir pour regarder ce qu’il s’y passait.
Le petit garçon était en train de jouer sur la balançoire, suspendue à une branche du grand cerisier du jardin. Oui, il s’en souvenait bien ! Les odeurs d’herbe fraîche coupée, Mamée Germaine qui criait contre Papé Jean, le petit frère occupé à jouer aux voitures…
A jouer ? Mais, pas du tout, au contraire, il s’amusait à les détruire, ces autos !
-« Hé petit, tu te trompes là ! Mon frère Marcel, il ne jouait pas aux voitures quand je faisais de la balançoire. Au contraire, il démolissait tout, exprès pour m’embêter ! Quel sale gosse, celui-là ! »
L’enfant, étonné, interrompit son jeu, pour s’approcher du petit frère.
-« Mais non, Antoine, c’est toi qui te trompes. Marcel est bien en train de s’amuser avec les voitures, il ne casse rien, je t’assure… »
-« Mais si ! Même qu’après, je ne trouvais plus rien de mes autos. Soient elles étaient fichues, soit elles étaient perdues… C’était infernal ! D’ailleurs, ce n’était que le début de mes problèmes avec lui. Qu’est-ce qu’il a pu m’ennuyer par la suite ! »
-« Vraiment ? Tu es sûr ? Attends, je vais voir un peu plus tard… »
Antoine, petit, se transforma en adolescent. Dans le rétro, le grand visualisait : la cour du lycée, le terrain de basket où ils disputaient des matchs pendant les récrés. Et là, son frère qui prenait le ballon et allait marquer un panier.
-« Là, je m’en souviens ! Il venait de me chiper le ballon de force, sans que l’arbitre ne le voit, et il est allé me narguer en mettant un point contre mon équipe. Il m’a humilié, la honte de ma vie. En plus, comme il était plus petit, je n’avais même pas le droit de le frapper. Tiens, j’en suis écoeuré encore aujourd’hui… »
-« Justement, parlons d’aujourd’hui, comment ça va avec Marcel ? » questionna l’adolescent.
-« Mal, nous ne nous voyons plus depuis des années. Nous sommes brouillés. C’est de sa faute, il est tellement vaniteux ! Soit disant que sa voiture était plus belle que la mienne ! »
-« Et ça ne te manque pas de ne plus voir ton frère ? » dit le jeune Antoine, chagriné.
-« Bah non, avec toutes les saletés qu’il m’a faites par le passé… » répondit le grand.
-« En es-tu sûr, car moi qui suis ton souvenir, je n’ai pas la mémoire de tels évènements… Je l’aimais bien, Marcel, mon petit frère… »
Et pour bien se rafraîchir les idées, il repassa le film du passé, depuis la tendre enfance avec Marcel. Le grand Antoine regardait défiler les images de sa vie. Marcel y campait un petit garçon espiègle, tendre et attachant.
Arrivé au temps de l’adolescence, la nostalgie saisit l’adulte. Oui, Marcel lui manquait. Sa mémoire s’était évertuée à vouloir le salir, pour rendre la séparation moins difficile, mais le fait était qu’il l’aimait et regrettait son absence. Alors, l’Antoine du rétroviseur lui dit :
-« Antoine, tu vois, pendant des années, ta mémoire t’a trompé. Elle n’a fait que te renvoyer une image déformée de la réalité. Alors, il n’est pas trop tard, répare les choses avec Marcel, pour que, dans quelque temps, quand tu regarderas ce rétroviseur, je te renvoie des images de toi, adulte, en amitié avec ton frère. Ce serait le plus beau cadeau que tu pourrais nous faire… »
Antoine caressa d’un doigt, machinalement, le miroir où il apparaissait plus jeune. Il avait compris. Il remonta dans sa voiture et prit la route de Northtown, où habitait Marcel. En quelques minutes, il fut rendu devant chez lui. Il sonna à la porte, déterminé.
-« Bonjour mon frère ! » lança-t-il à l’homme qui s’afficha dans l’entrée.
Celui-ci eut un léger mouvement de recul, puis un grand sourire illumina son visage, et il lui tomba dans les bras.
-« Oh Antoine, comme je suis heureux ! »
Les deux frères s’étreignirent ainsi longuement. Plus jamais, ils ne furent brouillés.
Et, de nombreuses années plus tard, quand Antoine l’adulte réapparut dans le rétroviseur, Antoine, devenu papi, sourit à son image, avec malice et tendresse.
Il était réconcilié avec son passé.