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Le scarabée 118

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Valérie Bonenfant
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L’histoire d’un agent secret au flair infaillible…
Le scarabée 118 a reniflé la grosse affaire avec l’arrivée de cigognes anormalement chargées. Sans doute celles-ci font-elles de la contrebande …
D’ailleurs, interceptées, leurs sacs grésillent, jouent de la musique…
Autant de bruits vraiment très suspects!
Une ouverture des sacs s’impose…qui va révéler des surprises pour le moins inattendues !

Le scarabée 118 était l’agent secret de la forêt. Il savait tout sur tout le monde : les emplois du temps, les loisirs, les amis… Aucun secret ne lui échappait.
Personne ne se méfiait de lui, car son aspect de scarabée rondouillard lui donnait un air débonnaire, qui en faisait un être inoffensif, sympathique mais sans grand intérêt. Aussi, chacun, sans retenue, lui confiait ses petits secrets et ceux des autres, ainsi que les histoires qu’il faisait bon raconter en petit comité.
Le scarabée était en ce moment sur un gros coup. Quand on lui avait parlé de l’arrivée prochaine d’un vol de cigognes en provenance du grand Nord, il avait aussitôt flairé l’affaire. Des cigognes ? Elles ne passaient pas par là, d’habitude. Oh oh, ça sentait la contrebande ! Et si elles transportaient dans les sacs noués à leurs becs, autre chose qu’un bébé ? Quelque chose qui soit dangereux pour les habitants de la forêt ou même pire, le secret d’une découverte qui allait bouleverser la vie locale.
-« Il faut que j’en sache plus… » se dit le scarabée 118, à l’affût.
Il revêtit sa carapace de camouflage, marron et verte, et partit à la chasse aux informations. Il alla traîner du côté des hirondelles qui avaient été les premières à parler. Discrètement, il s’approcha, et les écouta discuter, incognito.
-« Elles ne devraient pas tarder d’arriver, maintenant… Elles avaient juste un peu de retard sur nous… » dit l’une.
-« Oui, mais vu comme elles sont chargées, elles vont voler moins vite, forcément… » ajouta une autre.
-« Il me semble que l’année dernière, leurs paniers étaient moins gros… » renchérit une troisième.
En voilà une d’information qui était intéressante ! Ah ah, des paniers plus gros… C’était donc qu’ils contenaient des choses plus lourdes, peut-être même des objets en plus… Ah ah, il approchait ! Il redéploya ses antennes.
-« C’est curieux, chez l’une, j’entendais même un bruit de cliquetis. Ce ne peut quand même pas être leurs ailes qui sont rouillées… ! » s’étonna l’une.
-« Moi aussi, j’ai ouï un bruit bizarre dans un des paniers, comme un grésillement … » appuya une autre.
-« Maintenant que vous me le dites, moi, c’est de la musique que j’ai entendue sortir d’un panier… »
Alors là, c’était l’apothéose ! Le scarabée 118 n’en demandait pas tant. Il était déjà parti sur d’autres affaires avec moins d’éléments. Fichtre, il fallait agir…et leur préparer un comité de réception à sa façon. L’insecte émit alors avec ses antennes, le code secret à n’utiliser qu’en cas d’urgence. Puis, il délivra son message hautement confidentiel, aux autorités.
-« Bzzz… Arrivantes suspectes détectées… Bzzz… Vont atterrir très prochainement… Bzzz… Urgent, demande renfort pour fouilles bagages suspects… Bzzz… Objets volants non identifiés, haute technologie à intercepter…Bzzz ! »
Voilà, le plan alerte était sans doute déjà lancé, un bataillon d’émissaires n’allait pas tarder. Le scarabée 118 se prépara à l’action. Il laissa tomber sa tenue de camouflage, et reprit son costume traditionnel. Désormais, il n’était redevenu qu’un insecte parmi tant d’autres. Il marchait les yeux levés vers le ciel.
-« Hé, le scarabée, tu as attrapé un torticolis que tu restes coincé ainsi, la tête vers le ciel ? » demanda un escargot.
-« Mamamilla, quelle misère ! Tiens, veux-tu que je t’aide à le redresser ? » proposa généreusement un lapin très musclé.
-« Heu non, merci ! Je regarde simplement les oiseaux… » répondit le scarabée, sur un ton quelque peu emprunté.
-« Mais, c’est curieux, je ne vois rien ! » s’étonna une libellule.
-« C’est parce que tu es bigleuse ! Regarde, moi, je vois un vol de cigognes arriver ! » s’exclama une limace.
Les voilà, les contrebandières !
-« Vous ne perdez rien pour attendre, mes coquines ! » se réjouit intérieurement le n°118.
Celles-ci vinrent se poser dans le grand pré. A peine leurs sacs mis à terre, elles furent cernées par des armées de pies au regard noir, des corbeaux en deuxième ronde, et des sangliers en troisième. Autant dire que la fuite était impossible, ni par les airs, ni par la terre.
-« Halte-là, on ne bouge plus ! » cria l’officier, « montrez-nous vos sacs ! »
-« Oh non, monsieur ! Pas ça… ! » soupira une cigogne.
-« Pitié ! » gémit une autre.
-« Ca va les réveiller ! » susurra une troisième.
-« Faites ce qu’on vous dit ! » ordonna l’officier.
-« Tant pis, vous l’aurez voulu ! » lança alors l’une des cigognes, en ouvrant la première son sac, rageusement.
Les autres suivirent. Bientôt, tout fut mis à plat. Dans les sacs, des bébés, bien dodus, bien joufflus… Et avec eux, des boîtes à musique, des crécelles, des jouets mécaniques…
-« Vous comprenez, monsieur, ils s’ennuyaient pendant le voyage et n’arrêtaient pas de hurler. C’était insupportable ! Nous avons craqué, et nous avons préféré emmener avec eux des objets de distraction. Même si c’est plus lourd, au moins ils se tiennent tranquilles et ne crient plus… Ils s’étaient endormis, mais là, je crains que… »
Un concert de « OIIN, OIIIN, ROIIN ! » se fit entendre. C’était vrai qu’ils avaient de la voix, les petits de la nouvelle génération.
-« Hum-hum ! » fit l’officier, soudain très gêné.
-« Pas de hum-hum ! A vous de les calmer maintenant ! »
Alors, chacun des soldats du bataillon entreprit de calmer les bébés. Certains y allèrent de leurs chansonnettes, d’autres de leurs numéros de clowns, et l’officier s’exerça même au bercement attendri…
Quant au scarabée 118, il s’éclipsa discrètement, et intégra complètement son statut d’insecte modeste et anodin, sans histoires, de la forêt.












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