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Le vélo de Mademoiselle Baumollé

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Valérie Bonenfant
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Un conte où l’envie est mauvaise conseillère…
Un gaillard veut s’approprier le vélo d’une championne, pensant que ses victoires sont le fruit d’un trucage de sa bicyclette…
Son forfait accompli, il ne parvient toujours pas à remporter des courses…
Mais alors, quel est donc le secret des victoires de Mademoiselle Baumollé ?

Mademoiselle Baumollé était une fameuse vététiste. Aucune montagne, si haute fut-elle, qui ne lui résista.
Mademoiselle Baumollé avait franchi tous les sommets, grimpé toutes les côtes, monté dans les endroits les plus escarpés. Bien sûr, elle était équipée de son vélo favori, un VTT couleur noir et feu, avec qui elle formait une sacrée équipe. Lui ne pouvait rien sans elle, et elle rien sans lui. Mais ensemble, comme ils donnaient !
De nombreux concurrents avaient voulu se mesurer à eux. Notamment ce gaillard musclé, avec son vélo couleur d’acier qui leur avait ri au nez en bas de la pente, et qui n’était même pas arrivé à mi-parcours, quand mademoiselle Baumollé et son fidèle destrier était déjà en haut.
Le gaillard ne riait plus du tout. Au contraire, il semblait très énervé à en juger par ses coups de pédale très secs. Des jurons qu’il susurrait entre ses dents serrées, parvinrent même aux oreilles délicates de la jeune fille.
-« Maudite fille ! Zimbolinette pas chouette ! Sûr qu’elle triche ! Ch’uis sûr qu’elle a un moteur caché quelque part dans son vélo. C’est pas comme cette enclume sur laquelle je suis. Ce VTT pèse une tonne et il n’avance pas. Nullos, va ! Tu vaux pas un clou ! » dit-il, en .
s’adressant à son vélo d’acier, et en lui assenant en même temps une tape rageuse.
De déconvenue, le vélo qui en avait franchement sa claque, creva d’un beau pschittt fanfaronnant...
-« Nom d’un cacatoès crotteux ! Voilà qu’il est à plat ! Satanée bicyclette, je te hais ! Grrhh ! »
Et l’on assista alors à une scène étrange, où un grand gaillard sautait rageusement sur son engin à terre, le ratatinant de toute sa colère. Sous les bonds, l’acier se ploya à certains endroits et devint un vulgaire bout de ferraille tout tordu ! Bravo ! Maintenant, c’était sûr : il n’y avait plus rien à en tirer. Dommage…
Toujours furieux, le gaillard combina alors un plan du plus mauvais esprit. Puisque le secret de mademoiselle Baumollé, c’était son vélo, qu’à cela ne tienne, il lui volerait, et après, à lui les victoires au sommet !
Ne se méfiant pas du tout des vilaines intentions du gaillard, mademoiselle Baumollé rentra à sa maison, histoire de se prendre une réconfortante collation. Ses efforts étaient conséquents et lui ouvraient à chaque fois l’appétit.
Elle posa nonchalamment son cher vélo devant son entrée, et fila vers la cuisine. Le gaillard qui surveillait la scène, se réjouit en se frottant les mains.
-« Trop facile ! » se dit-il, « le précieux objet est là, abandonné, tout seul, je n’ai plus qu’à me servir ! »
Et il chipa le vélo de mademoiselle Baumollé sans l’ombre d’un remords. Déjà assis dessus, il l’apprécia :
-« Ben oui, forcément ! On sent la différence ! Une selle indéniablement plus confortable, des pneus qui accrochent, de la nervosité… Vite, je vais m’inscrire à la prochaine course… »
Il se porta candidat à l’ascension du mont El Terribilé, connu pour ses pentes empierrées et très raides. Qu’importe, il se sentait invincible avec son nouveau vélo !
Le départ fut donné, et la montée commença. Trop cool ! Il était évidemment en tête.
Mais la pente devenait de plus en plus raide, et l’effort de plus en plus fatigant. Bientôt, il fut rattrapé par une bande de jeunes qui plaisantaient. Ceux-ci le dépassèrent, en se racontant de bonnes blagues.
Quoi ? Comment était-ce possible ?
-« Allez, le vélo, du nerf, montre ce que tu as dans le ventre, allume ton moteur ! »
Mais rien ne se produisit, aucun doux ronronnement ne se fit entendre, et cette pente qui n’en finissait pas… Les jeunes étaient loin devant. C’était fichu pour lui, ils allaient gagner.
Très dépité, le gaillard redescendit et partit à la recherche du moteur. Où se cachait-il donc ? Et comment s’allumait-il ? Où se trouvait la manette ? Il eut beau chercher partout : il ne trouva rien. Pas le moindre petit cylindre qui laissa supposer une autre force que celle des mollets.
Rien à faire, il n’en tirerait rien. Il ramena alors le vélo à sa propriétaire qui ne s’était aperçue de rien. Il se promit de bien l’espionner pour découvrir son fameux secret.
Il l’observa pendant de nombreuses courses, toujours à l’affût de ses gestes, pour dénicher le mécanisme secret qu’elle allait déclencher.
Mais il ne trouva rien, soit qu’il n’était pas là au bon moment, soit qu’il n’était pas bien placé, soit qu’il regardait au mauvais endroit… Soit qu’il n’y avait rien, tout simplement.
Incroyable ! A bout d’explications sensées, le gaillard osa finalement aller trouver mademoiselle Baumollé.
-« Mais » lui dit-il, « quel est donc votre secret pour monter toutes ces montagnes aussi vite ? Comment avez-vous trafiqué votre vélo ? »
-« Trafiquer mon vélo ? Quelle drôle d’idée ! Vous n’y êtes pas du tout, voyons… » répondit la demoiselle.
-« Vous ne voulez pas m’avouer votre secret, il est trop bien masqué, c’est cela ? »
-« Mais mon secret est tout simple : une bonne hygiène de vie, de l’équilibre dans mes activités, et surtout beaucoup de plaisir, à chaque instant… C’est tout ! »
Elle laissa le gaillard perplexe : de l’hygiène, pas de problème, il se lavait lui aussi très souvent. De l’équilibre : il savait faire, aussi bien debout que l’arbre droit…
Et le plaisir ? Qu’était-ce donc que ce machin-là ? Le gaillard chercha longtemps, longtemps… Encore aujourd’hui…
Peut-être pourriez-vous l’aider à trouver cette voie-là ?












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