Valérie Bonenfant
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Le conte d’une histoire d’amour tendre entre un vieil homme et sa voiture délabrée. Malheureusement un jour, celle-ci tombe en panne et semble être bonne pour la casse…Le papi s’apprête alors à vivre une séparation douloureuse…
Mais le merveilleux s’en mêle et offre au papi et à la voiture un dernier voyage ensemble inoubliable…
Papi Teuf-teuf avait depuis toujours une vielle voiture, toute rouillée, un peu cabossée, et pas du tout rapide. La pauvre avançait péniblement, dans un bruit de ferrailles cliquetantes, et dans un nuage de fumée multicolore.
Heureusement, papi Teuf-teuf la sortait peu souvent, juste quand il allait voir son copain Marcel.
Un jour, alors qu’il était en chemin, en pleine campagne, la voiture grinça encore plus que d’habitude, puis sauta par saccades, et enfin, s’aplatit, les quatre roues par terre, sur la route.
Papi Teuf-teuf, dépité, s’écria :
- « Allons bon ! V’là qu’elle est kapoutée ! Boudiou de boudiou ! C’est-y pas possible ! Elle va quand même pas me laisser là, cette casserole… »
Et pour lui redonner un peu d’énergie, il lui envoya un bon coup de pied ragaillardissant, dans le moteur. Mais, cette fois, l’auto ne réagit pas. Pas le moindre soubresaut…
-« Mille castors ! Cette fois, on dirait bien que c’est la fin… Et Marcel qui m’attend… Faut que j’y aille, moi… »
Une nouvelle tentative de coup de pied dans le moteur, avec l’espoir que ça la fasse redémarrer, mais hélas, sans succès…
-« Si c’est pas malheureux ! Une auto presque neuve ! C’est que ch’uis pas fini, moi ! Allez, dis, tu ne vas pas m’abandonner quand même ! On a tellement de souvenirs ensemble… »
Il la caressait maintenant tendrement. Une larme coula de ses yeux. Sa chère voiture… Certes, ce n’était pas un bolide, mais pour lui, elle était parfaite… Et tellement attachante, aussi…
Il se produisit alors de curieux évènements. Comme si la voiture reniflait, qu’elle était triste elle aussi de quitter son maître. De l’eau s’échappa de son moteur, qui s’évapora aussitôt, formant un nuage blanc. Cette brume se scinda ensuite en quatre paquets qui se transformèrent en fougueux chevaux de vapeur.
Ceux-ci caracolèrent devant le moteur de la voiture, et se rangèrent deux par deux. Des licols vinrent alors les atteler à l’auto.
Papi Teuf-teuf regardait tout ça comme s’il rêvait. Mais les chevaux piaffaient d’impatience. Apparemment, ils attendaient que papi Teuf-teuf entre dans l’habitacle. Celui-ci, charmé par ces apparitions, se remit au volant.
Aussitôt, les chevaux de vapeur tirèrent la voiture avec vigueur. Jamais, papi Teuf-teuf n’avait roulé aussi vite dans son auto ! Quelle griserie ! Il en avait les cheveux qui volaient au vent !
Alors, il rit de bonheur, tout heureux de goûter à nouveau le plaisir de rouler dans sa chère Teuf-teuf !
En réponse, les chevaux hennirent joyeusement, et la voiture claqua gaiement des portières. Quelle ambiance ! Ils n’allèrent pas chez Marcel, tant pis, il le verrait une autre fois…
Mais ils roulèrent, roulèrent… Ou plutôt galopèrent… Craignant que le charme ne s’arrête, papi Teuf-teuf ne voulait plus s’arrêter… Surtout que les chevaux ne semblaient pas fatigués !
Quelles merveilles, ces belles montures blanches…
Quand ils eurent parcouru toutes les routes de la région, ils se décidèrent enfin à rentrer à la maison.
Papi Teuf-teuf ouvrit grand son garage, aux chevaux et à sa chère voiture.
Mais à l’intérieur, tout s’éteint, et les figures de vapeur s’évanouirent. Papi Teuf-teuf ne savait pas ce que lui réservait l’avenir avec sa voiture. Mais il n’était pas inquiet.
Quoi qu’il arrive, il savait qu’il était lié pour toujours à sa bonne vieille « casserole ».
Ils s’aimaient tous les deux, et le moment de bonheur qu’ils venaient de vivre ensemble, accompagnés des chevaux de vapeur, avait été tellement intense, qu’il en serait rempli pour le restant de ses jours…
Il était merveilleusement heureux…
Quant à son copain Marcel, il alla désormais le voir…en car !