Valérie Bonenfant
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Quelle chance !
Vous allez croiser dans ce conte quelques esprits éclairés, de ceux qui enrichissent leur environnement par leur présence brillante…
Vous ne savez pas qui ils sont, car vous n’en avez encore jamais rencontré…
Pas de problème, vous verrez, ceux-là sont des gens très simples et à la compagnie très agréable…
Bonne rencontre !
Un terrien du nom de Zeusse avait un don particulier. Quand il regardait les hommes autour de lui, il voyait parfois, à travers leurs crânes, une lumière s’allumer.
Qu’était-ce donc que cet éclairage particulier ? Etait-ce une lanterne qui s’allumait, à l’approche de la nuit ? Non, car il en avait aperçu plusieurs fois, fonctionner en journée…
Alors, était-ce un don de naissance de certains individus ? Pas davantage, car il avait constaté que de multiples esprits s’éclairaient en alternance…
Il fallait élucider ce mystère ! Zeusse tenta alors d’établir des liens, entre le moment où la tête s’allumait, et ce qui se passait dans son environnement. Ainsi, un jour :
-« Tiens, c’est étrange, je ne me rappelle plus de ce que j’ai fait de mes clés… » s’interrogea Barnabé. Il chercha partout, mobilisa tout le monde autour de sa recherche, quand soudain, cling ! Le crâne s’alluma.
-« Ce y est ! Je me rappelle, je les ai laissées sur la table… ! »
Aussitôt après, la lumière s’éteignit. Cela donna une première indication à Zeusse : la lampe s’était allumée juste au moment où le souvenir surgit !
Une autre situation le fit progresser. Une équipe de mathématiciens planchait sur la résolution d’une équation compliquée, qui n’intéressait personne à part eux. Dans la pièce où ils se trouvaient, il faisait plutôt sombre. Un éclairage aurait été le bienvenu ! Mais, passionnés par leurs calculs, les savants ne s’étaient même pas rendus compte que la nuit était tombée.
Soudain, un flash ! Un jeune homme à la blouse blanche s’agitait, son cerveau allumé : il avait trouvé ! Fantastique ! Tous ses collègues applaudirent, avant d’entreprendre la résolution d’un nouveau problème très abstrait. A nouveau, tout s’éteignit.
Alors, Zeusse comprit que la lumière était signe de dynamisation de l’esprit, et qu’elle ne fonctionnait que lorsque le cerveau était en ébullition. Quel don magnifique ! il avait le pouvoir de lire l’activité cérébrale des autres…
Tout heureux de ce don du ciel qui lui avait été donné, il partit alors à la recherche des esprits éclairés. Son chemin fut rude, car, à part des flash instantanés, peu de cerveaux restaient allumés longtemps.
Certains mêmes étaient continuellement éteints, alors que leur activité était plutôt soutenue… Bigre, ce n’était pas normal ! Zeusse entendit alors un bavard parler :
-« Moi, je sais comment s’est formé l’univers. Je le sais parce que j’ai fait de grandes études pour cela. Je suis professeur-docteur-ingénieur-inspecteur-cadreur es sciences. Je sais tout sur tout. C’est simple, c’est à cause du proton gigatron électron pôle-tron filitron equatron tron-tron qui a rencontré un névus exclusus numerus clausus à cinq branches… »
-« Oh là ! » se dit Zeusse, « sûr qu’avec de telles connaissances, le crâne de cet homme va s’allumer en continu… »
Mais rien ne venait. Zeusse écouta toute la théorie de construction de l’univers, entre les bombus neutronus issues de Vénus, altérés par l’effet électrique et magnétique de la quantique métaphysique, sans compter, la relativité, étrangeté liée à une qualité modérée…et bla bla bla…
Ce fut long, ce fut ardu, ce fut soutenu, mais pas la moindre petite flamme dans la tête. Tant pis ! Il s’était trompé ! Zeusse, quelque peu déçu, poursuivit son chemin : les esprits éclairés en permanence étaient apparemment inexistants…
Or, un jour, alors qu’il travaillait, seul, dans son potager, une voix l’apostropha :
-« Hé bonjour Monsieur ! Que vos roses écloses sont belles… Telles quelles, c’est une invitation à la pause… »
Quelle curieuse façon de s’exprimer ! Etonnant, cet individu, à l’air gentillet, avait son esprit éclairé ! Zeusse en lâcha son sécateur. C’est que là, la lumière semblait incroyablement durer… Perplexe, Zeusse guettait, cette fois, tout signe de faiblesse. Mais le crâne restait allumé.
-« Permettez-moi, Monsieur, de m’asseoir près de vous, et de croquer ces fleurs à l’accent si doux… Sur ma feuille, je dessine, les roses sans leurs racines… »
Zeusse l’invita à prendre place. Voilà qui était fait. L’homme, en quelques coups de crayons, peignit le jardin, en exaltant sa beauté. Quelle merveille ! Son œuvre terminée, l’homme s’apprêtait à partir.
-« Attendez, Monsieur, ne partez pas tout de suite… Vous avez quelque chose de particulier dont j’aimerais beaucoup parler avec vous… Vous peignez magnifiquement ! »
-« J’aime peindre en effet ce que je vois, tous mes sens en émoi, transcrire les émotions, de mes évasions… »
Oui, le cerveau ne s’éteignait pas. Cet homme-là était un esprit lumière, un de ces grands hommes qui font avancer le monde.
Très humblement, Zeusse proposa un rafraîchissement à son hôte. Curieusement, il osa lui parler de son don.
-« Etonnant, ce que vous me dites-là, même si je connais, moi aussi, cette chose-là… D’ailleurs, je vois en votre tête aussi, une belle lumière adoucie… »
Zeusse n’en revint pas. Quelle découverte ! Lui, un esprit brillant ! Pourtant, il n’était pas créatif, ni inventif, alors comment cela était-il possible ?
Le peintre poète lui apporta sa réponse :
-« Votre esprit, toujours tourné vers les autres, fait de vous un apôtre. Restez généreux, et vous serez heureux ! »
Zeuuse continua sa route, conscient de sa mission d’éclaireur d’esprits…