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Les grenouilles du bénitier

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Valérie Bonenfant
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L’aventure d’une bande de jeunes grenouilles, parties à la recherche de leur mare à elles…
Pas si simple de trouver un point d’eau où boire et se baigner…
Pourtant, il y a des hommes… alors forcément il doit y avoir de l’eau pas loin !
Hé bien oui, le raisonnement est juste !
Les grenouilles vont trouver de l’eau… qui plus est bénite !

Il était une fois des grenouilles en mal d’étendue d’eau. Elles avaient quitté leur mare de naissance, voilà plusieurs mois, pour vivre leur vie et découvrir autre chose.
Au début du voyage, le groupe était tout joyeux, fier du défi qu’ils se lançaient à eux-mêmes. C’était vrai, quoi ! Aussi jeunes, quitter leurs parents, et leur environnement cocon, c’était quand même courageux ! Tous les jeunes n’en faisaient pas autant !
La bande bondissait donc joyeusement vers l’aventure. Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’ils étaient partis, et ils n’avaient toujours pas trouvé de point d’eau. Les sauts étaient moins enthousiastes, plus lourds, moins hauts.
-« Incroyable ! » dit Foodmer, « faut croire que notre mare était le seul point d’eau de la région… »
-« Ce n’est pas possible, il y a des hommes ici. Or, ils ont besoin de boire… Donc, il y a forcément de l’eau quelque part… Le tout est de la trouver…. » réfléchit Simon, l’intellectuel de la bande.
-« Ca suffit ! Nous ne pouvons plus rester comme ça, sans eau à vivre… Cela fait des mois que nous sommes partis et que nous ne nous sommes pas lavés… L’odeur est intenable… Et c’est tout juste si je vois la carnation de ma belle peau verte sous cette crasse. » se plaignit Crapaudine, une jeune rainette verte.
Ils parcoururent encore quelques kilomètres, mais toujours pas de mare à l’horizon, juste un caniveau où de l’eau sale s’écoulait, à l’odeur nauséabonde.
-« Beurk ! Hors de question que je me trempe dans une eau pareille… Vous avez vu sa couleur marron baveuse. C’est un coup à se retrouver plein de boutons, ça ! » renchérit Crapaudine.
-« Regardez, là, la dame avec les cheveux roses, si nous la suivions ? A un moment ou à un autre, elle va bien nous amener à l’eau » proposa Simon
-« Bonne idée ! Filons-là, discrètement ! » s’enthousiasma Foodmer.
Aussitôt, la bande de grenouilles entreprit de suivre la mamie, incognito. L’une bondissait, l’air de rien, à sa droite. Une autre apparaissait, innocemment, à sa gauche. Une troisième faisait des zigzags pour brouiller les pistes…
La vieille dame ne s’aperçut de rien. Elle fut suivie ainsi chez le boulanger, puis chez son amie Jeanne, qui se trouva fort incommodée de cette visite.
-« Cette Rosalie, elle sent de plus en plus mauvais… Jamais, ça n’avait été aussi pestilentiel ! Ses cheveux roses font illusion. Pour le reste, bonjour les odeurs… Beurk ! »
Les deux mamies discutèrent un moment, mais Jeanne écourta la conversation, pour cause de nausées trop violentes.
-« Ma pauvre amie… » la plaignit Rosalie, « si tu veux, je vais m’occuper de toi. Je peux rester dormir avec toi, ce soir… »
-« Surtout pas ! » s’écria Jeanne, « ce n’est rien du tout, ne t’inquiète pas ! C’est l’affaire d’une heure, et il n’y paraîtra plus. A plus tard, Rosalie ! » ajouta-t-elle, en s’échappant vers sa chambre.
Du coup, Rosalie se trouva en avance. Elle n’allait pas rentrer comme ça, chez elle… Alors, elle décida de faire un détour par l’église, histoire de purifier son âme. Derrière elles, un cortège de grenouilles… La vieille dame ouvrit la porte massive du lieu de culte, et entra.
-« Hmmmh, comme il fait frais, là ! » s’exclama Crapaudine.
-« Et les peintures et les sculptures, magnifiques, un vrai plaisir des yeux… ! » s’émerveilla Lunix.
-« De l’eau ! J’ai trouvé de l’eau ! » s’écria Foodmer.
Aussitôt, toutes les grenouilles accoururent. Enfin ! Elles avaient déniché leur mare. Certes, elle n’était pas bien grande : comme une grande vasque en pierre. Mais l’endroit était agréable, et cela faisait tellement longtemps qu’elles l’attendaient. Toutes finirent dans l’eau, à patauger gaiement.
Les premiers visiteurs de l’église qui plongèrent leurs doigts dans l’eau bénite furent plutôt surpris.
-« Quoi ? Des grenouilles dans le bénitier ? Sacrilège ! » hurla l’un.
-« Vite, appelons monsieur le curé, il faut faire quelque chose. Il y en a plusieurs apparemment… » dit un papi.
-« Je vais les mettre dans une cage, et j’irai les jeter dans l’étang bleu ! » dit un pompier.
Sur ces entrefaites, le curé arriva.
-« Stop ! Ne leur faîtes pas de mal, ce sont des créatures de Dieu. Il les a conduit vers le bénitier de notre église. Ce n’est pas sans raison. Ces grenouilles sont bénies de Dieu, elles vont rester là ! » dit l’homme de Dieu.
Le curé avait parlé, les grenouilles pouvaient s’établir dans le bénitier. Celles-ci prirent tout à fait possession des lieux. L’église et son bénitier étaient désormais leur maison…
Quant aux croyants, ils s’habituèrent à cette compagnie nouvelle. Car les grenouilles furent consacrées « bêtes à bon Dieu »…












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