Valérie Bonenfant
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Comment arrêter la course effrénée contre le temps, d’une jeune femme hyperactive ?
C’est la question que se posent ses deux lacets, qui en ont assez de galoper.
Pour la stopper, ils vont agir… Comment ? Mais en se dénouant bien sûr !
Un conte qui invite à calmer le rythme un peu trop soutenu de notre vie moderne…
Il était une fois deux lacets, sur de belles chaussures noires de Léa, leur maîtresse.
-« Super ! Aujourd’hui, c’est jour de promenade… Regarde Mind, elle est partie chercher du cirage. C’est pour nous, à tous les coups ! » s’exclama Spirit, l’un des lacets, tout content.
-« Tant mieux ! Je commençais à sentir des fourmis dans les semelles… Ca va faire du bien de se dégourdir les talons ! » répondit Mind.
Les lacets regardèrent Léa frotter doucement les belles chaussures noires, qui devinrent toutes brillantes. Ses jolis pieds dedans, et voilà, il ne restait plus qu’à serrer les lacets. D’abord Mind, puis Spirit. Juste ce qu’il fallait : pas étranglés, mais pas lâches non plus.
Le manteau sur les épaules, la clé fermant la porte, et c’était parti ! La promenade commençait !
Ils démarrèrent par la rue Richard, où ils s’enfournèrent directement dans un bel immeuble de verre.
-« Léa doit avoir un rendez-vous avec son banquier. Je reconnais, nous étions déjà venus, ici. » dit Spirit.
-« C’est plutôt court comme promenade ! A peine partis que nous voilà déjà assis, dans un bureau… En plus, les mocassins d’en face ne sont pas sympas, la dernière fois, ils n’avaient pas décroché un mot… » grogna Mind.
Et le rendez-vous dura, dura, une éternité, pour les lacets, pressés de respirer le bon air dehors.
-« Et ça vous arrive de rire un bon coup, ou même de sourire ? » demanda Mind, ironique, à ses collègues d’en face.
-« Crois-tu qu’ils sont en cordons raides ? Je ne les ai pas vus bouger d’un poil, depuis que nous sommes arrivés… » s’étonna Spirit.
-« Ils ont peut-être un torticolis qui les coince… Un petit massage, ça vous dirait ? » proposa Mind, en riant.
Mais son humour ne sembla pas dérider les lacets du banquier, décidément très sérieux…
-« Qu’est-ce qu’on s’ennuie, ici ! Vivement qu’on s’en aille ! » soupira Spirit.
-« J’espère qu’après, nous n’allons pas rentrer directement à la maison… Ca ferait vraiment court comme balade… » ronchonna Mind.
Enfin, au bout d’un long moment, Léa se leva. Quelques civilités coutumières, et ils se retrouvèrent dans la rue. Ouf !
-« Bien, où allons-nous maintenant ? Au parc ? A la rivière ? Au bord de la mer ?... » demanda Spirit.
Mais Léa courait…
-« Tiens, on dirait qu’elle a envie de faire du sport, ce matin… Bizarre… D’habitude, quand elle veut pratiquer le jogging, elle met d’autres chaussures ! » s’étonna Mind.
Curieusement, le jogging les emmena dans un supermarché. Vite, un chariot, puis la course dans les rayons du magasin…
-« Ça alors! La course à pied dans les magasins, c’est nouveau, ça… » lança Spirit, surpris.
-« Oui, c’est peut-être à cause du froid… Elle préfère se dépenser au chaud… » suggéra Mind.
Mais tout cela semblait quand même bien étrange à nos amis. Toujours en courant, ils sortirent du magasin, pour aller cette fois… chez un marchand de lunettes. Léa trépignait devant les nombreux étalages de montures. Apparemment, il fallait qu’elle choisisse vite.
-« J’ai l’impression d’être dans une chaussure à claquettes, à taper ainsi sur le sol ! » se plaignit Spirit.
-« Moi, ça me fait penser à un marteau-piqueur… Comme promenade tranquille, c’est plutôt raté ! » se désola Mind.
Mais, ce n’était pas fini ! Léa courut encore à la boulangerie, puis à la Poste, et encore, chez le pharmacien, avant de débarquer, toujours au galop, chez le dentiste.
-« Ouf, un peu de repos après cette cavalcade ! » souffla Spirit, allongé sur le fauteuil du médecin.
-« Quelle course d’enfer ! J’en ai mon cordon tout crispé. Ah… Je vais me relaxer un peu… » dit Mind, en se relâchant.
Mais une secousse le ressaisit aussitôt, en même temps qu’un bruit de fraise se faisait entendre. Régulièrement, Léa déchargeait son trac dans ses pieds, agitant les pauvres chaussures comme des shakers.
-« Hum… Le dentiste, ce n’est pas si tranquille… » grommela Mind.
Enfin, Léa revint en position debout. Elle régla sa consultation, puis repartit en courant dans la rue. Un bus attrapé de justesse, et les voilà repartis direction cette fois chez l’amie Pauline, qu’elle embrassa rapidement, avant de la quitter, prétextant un autre rendez-vous.
-« Non mais ce n’est pas possible ! Elle va nous faire courir comme ça toute la journée ! » râla Spirit.
-« Je n’en peux plus ! J’ai des courbatures plein les fibres… Tant pis, je laisse tomber… » dit Mind, en se délaçant.
Léa continua à courir, sans s’apercevoir qu’un de ses lacets était défait. Et la chute ne tarda pas… Patatras ! Léa s’étala de tout son long. Rageusement, elle refit ce fichu lacet. Elle s’apprêtait à repartir encore plus vite, pour rattraper le retard de la chute, mais cette fois, ce fut l’autre qui se dénoua.
Badaboum ! Nouvel aplatissement sur le sol… Décidément, quelle calamité ces lacets ! Mais ce n’était pas fini ! A tour de rôle, au fur et à mesure qu’elle les renouait, ceux-ci se défaisaient, inexorablement.
-« Mais enfin, ce n’est pas possible ! Comme si je n’avais rien d’autre à faire qu’à m’amuser à faire des lacets ! C’est que je suis pressée, moi ! » râla, énervée, Léa.
-« Nous ne nous renouerons normalement, que lorsque tu calmeras ce rythme de folie… » dit d’un ton déterminé, Spirit.
Hein, quoi ? Elle entendait des voix… Ses chaussures lui parlaient…
-« Non, pas tes chaussures, tes lacets ! Nous étions contents d’aller nous promener avec toi, mais voilà que tu ne nous fais que galoper. Nous n’avons profité de rien… Désolés, mais nous en avons assez ! » continua Mind.
Ses lacets qui lui parlaient… Léa eut un étourdissement. Certes, sa journée avait été bien remplie, un peu trop sans doute… Soudain, elle se sentit lasse et eut envie d’autre chose…
-« Très bien les amis, j’ai compris, vous avez raison… Ca vous dirait une balade en forêt ? »
-« Chouette ! On va voir des limaces et des champignons… Et on va marcher sur la mousse ! » se réjouit Mind.
-« Tu n’y penses pas… On va salir le cirage ! » objecta Spirit, raisonnable.
-« Le cirage, on s’en moque ! » lança joyeusement Léa, « à nous la balade de plaisir ! »
Léa et ses lacets finirent ainsi la journée très agréablement, par une merveilleuse promenade en forêt.
Et vous, n’avez-vous jamais eu des lacets qui avaient tendance à se défaire un peu trop souvent ? Dans ce cas, écoutez-les bien, et allez vous promener tranquillement avec eux !