Valérie Bonenfant
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Quand la mode amène à tuer des animaux pour leur fourrure…
Sous la mer, le phénomène « tendance », c’est de porter des vêtements à écailles de poils luxueux.
Qu’on tue des milliers de poissons pour cela, ça ne dérange pas… !
Mais heureusement, une prise de conscience va germer dans les esprits et contribuer à sauver les derniers spécimens d’une espèce en voie de disparition…
Il était une fois une mode qui toucha le monde de la mer de plein fouet.
Le top du chic, c’était de porter des écailles duveteuses que l’on trouvait uniquement chez les poissons argonautes. Ceux-ci étaient une espèce assez rare qui vivait dans des mers froides proches des latitudes polaires.
Leur particularité, c’était justement leurs écailles, d’un marron quelconque, recouvertes de petits poils, qui leur donnaient un aspect lustré du plus bel effet.
Les poissons argonautes, victimes de cette mode subite, furent pourchassés sans pitié, pour leurs écailles tant convoitées.
Toute une industrie de la mer se mit en place pour exploiter ce filon juteux.
Avec les écailles de poissons argonautes, on fabriquait tout : des écharpes, des protègent-nageoires, des gants de queue, et même, luxe suprême, des manteaux entiers, accessibles aux seuls poissons très riches et très importants. Ceux-ci pavanaient dans les eaux tempérées des mers du sud.
-« Ce manteau en écailles d’argonaute vous sied à merveille, très chère. Sa couleur marron clair est très originale… »
-« C’est une pièce unique en effet. Il m’a coûté une petite fortune ! Avec mon teint clair, il était hors de question que je porte autre chose que du beige… Aussi, j’ai recruté des chasseurs d’argonautes qui avaient pour mission de ne prendre que des écailles de couleur claire. Vous ne pouvez imaginer le travail que ça leur a demandé : parfois, sur tout un poisson, ils ne récoltaient qu’une seule écaille beige! Vous imaginez le massacre ! J’aurais préféré qu’ils en tuent moins, mais enfin, c’était le prix à payer… »
Les pauvres poissons argonautes disparaissaient à vue d’œil. Avec une telle frénésie de chasse, seuls quelques rares spécimens survivaient, à l’abri dans des labyrinthes d’icebergs.
-« C’est un scandale, cette tuerie ! » commença alors à crier un thon, peu préoccupé par la mode.
-« Comme s’il n’y en avait pas assez des pêcheurs et des prédateurs naturels ! Il faut maintenant se défendre contre nos congénères ! » râla une sardine.
-« Ces manteaux d’écailles d’argonautes sont une honte pour ceux qui les portent : ils ont sur le dos les vies détruites de poissons paisibles, aujourd’hui en voie d’extinction ! » renchérit un saumon, dégoûté.
Mais, les porteurs de manteaux bouchaient leurs ouïes à tous ces bavardages qui commençaient à circuler.
-« Des critiques de poissons médiocres, jaloux de ne pas pouvoir accéder à ces merveilles… ! » dit l’un, méprisant.
-« Ils n’y comprennent rien à la mode, pffftt ! Il n’y a qu’à voir leur look sans finesse ! Ce sont des rustres, sortis de leurs eaux profondes… » ironisa un autre.
-« Comme si la vie des argonautes avait de l’importance, face à la mode ! Quelle ânerie de s’en faire pour ça ! » s’esclaffa un troisième.
Mais bientôt, les défenseurs des argonautes se firent plus véhéments.
Dans un premier temps, ils s’organisèrent pour que les derniers survivants soient protégés des assauts toujours soutenus, des chasseurs sans scrupules. Les entrées des labyrinthes de glace étaient gardées en permanence par des poissons aux dents acérées et à l’air mauvais, qui décourageaient toute tentative d’intrusion.
Puis, ils s’occupèrent de leur apporter nourriture et bien-être pour qu’ils se développent en toute sérénité, après ces périodes de grandes peurs liées aux chasses intensives.
Enfin, ils s’évertuèrent à faire en sorte que cette mode stupide prenne fin. Ils communiquèrent d’abord sur les conditions affreuses d’extermination des poissons argonautes, aujourd’hui en voie d’extinction. Et cela pour quelle utilité au final ? Des accessoires tenant trop chauds, sans raison d’être dans ces eaux aux températures clémentes.
Cette mode était une indécence, une aberration, une hérésie !
Bientôt, il ne devint plus chic du tout de porter ces manteaux d’écailles duveteuses.
Plus personne n’osait s’afficher avec de tels accessoires à polémique.
Une nouvelle mode fut alors lancée, grâce à un thon, rescapé d’une pêche à la traîne effectuée par un bateau débarqué le matin aux aurores, alors qu’il venait juste de se réveiller.
Le thon, furieux de se retrouver ainsi pris dans les filets, à la sortie de sa nuit, se débattit de toutes ses forces, et finit par arracher quelques mailles, par lesquelles il s’enfuit. Ouf !
Dans sa fuite précipitée, un bout de filet arraché lui resta collé aux nageoires. Cette tenue si inédite, évocatrice d’aventures, suscita alors une nouvelle mode d’habillage en filet sauvage.
Cette fois, heureusement, pas de victimes chez les poissons…
Mais ce fut une dure période pour les pauvres pêcheurs, qui ne récupéraient du coup, que des filets percés…