Valérie Bonenfant
Partager
Un conte empreint de la magie de Noël…
Les réverbères des villes décident de participer, eux aussi, à la fête de Noël. Plus question pour eux de se contenter de briller « utile » ! Désormais, ils vont clignoter, scintiller, briller de mille éclats…
Une féerie de lumière dans la ville qui vous enchantera !
Un nouveau Noël se préparait. Partout, on dressait des sapins enguirlandés, on accrochait des lumières sur les murs, on suspendait de faux papas Noël aux balcons.
-« Tout ce tralala de fin d’année… Ça y est, c’est reparti ! On va encore nous enrubanner de fils dorés… » grommela Papi Lumen, un vieux réverbère décoratif sur le trottoir, moribond.
-« Mais arrête de ronchonner, voyons… C’est la fête, alors profite ! Regarde comme c’est beau tout ce qu’ils mettent en place ! » s’émerveilla Lux, un lampadaire fonctionnel au-dessus de la route.
-« Mouais, bof… Ça se voit que tu es jeune. Toutes les années, c’est la même chose, alors bien sûr, à force, on est blasé… » continua le vieux ronchon.
Blasé ? Comment pouvait-on devenir indifférent à cette féerie de lumières ? Certes, Lux avait vu les mêmes effets lumineux, l’année dernière. Effectivement, le sapin de Noël était toujours placé au même endroit, dans son trou réservé d’une année sur l’autre. Oui, les rubans dorés étaient identiques d’un Noël à l’autre…
Un peu d’idées nouvelles, de surprises, voilà ce qu’il manquait. Lux réfléchit et soudain, CLING, l’étincelle jaillit dans sa lanterne.
-« J’ai trouvé ! Nous allons renouveler Noël ! Nous allons lui donner un éclat exceptionnel ! Nous allons le parer d’une nouvelle dimension extra-giga-stéréo sensorielle… » s’écria Lux, enthousiaste.
-« Hé la, hé la, hé la, mon mât… On se calme ! Pourquoi mets-tu des « nous » partout ? Que veux-tu donc faire ? » tempéra Papi Lumen.
-« C’est toi qui as raison ! Il faut redynamiser la fête de Noël, lui donner un coup de jeune… J’ai une idée géniale : nous allons nous aussi participer à la fête ! » s’enthousiasma Lux.
-« Quoi ? Tu veux que nous distribuions aussi des cadeaux aux enfants… Mais voyons, Lux, tes circuits ne marchent pas bien… Nous ne sommes pas outillés pour ça ! »s’exclama Papi Lumen.
-« Mais non ! Nous ne sommes pas des pères Noël, je le sais bien… Par contre, nous faisons de la lumière… » annonça, d’un air entendu, le réverbère routier.
-« Ah ! La nouvelle que voilà ! Les lampadaires éclairent… Ca, c’est le scoop de Noël ! Mon pauvre Lux, il faudrait vraiment que tu ailles consulter ton électricien… »
-« Laisse-moi finir de parler ! Nous pourrions nous aussi clignoter pour les fêtes, ou bien briller en jaune, orange, vert, bleu… Qu’en dis-tu ? Comme ça, nous aussi, nous ferions la fête ! » dit Lux, qui se mit à clignoter, s’y voyant déjà.
-« Arrête, nigaud ! On va croire que ton ampoule est en panne, et tu vas déclencher une intervention ! Ton idée n’est pas raisonnable, il faudrait que tous les lampadaires se prêtent au jeu, en même temps, ce qui est impossible… » objecta Papi Lumen.
Mais, à peine venait-il de terminer de formuler sa réserve, qu’il reçut un message codé sur son fil rouge.
-« DRELIN-DRELIN… A tous les réverbères qui veulent fêter Noël… DRELIN-DRELIN… Clignotements, éclairages colorés, ou toute autre fantaisie bienvenue… A 22 heures précises, ce soir… DRELIN-DRELIN… Bonne préparation ! »
Quoi ? Lux avait osé… Le message était parti dans toute la France, via Réseau Réverbères de France… Encore quatre heures et on y serait ! Ce jeunot était zinzin ! Quelle mouche l’avait donc piqué ?
20h, 21h, 21h30… L’heure approchait… Papi Lumen n’y croyait pas mais sentait, il devait bien le reconnaître, la fièvre électrique monter en lui.
21h45 : la fièvre montait, même qu’il l’entendait crépiter dans ses canaux…
21h50 : ouille, ces émotions n’étaient plus de son âge, le court-circuit le guettait.
21h55 : plus que cinq minutes, et il n’avait rien préparé ! Papi Lumen se sentit soudain redevenir un jeune lampadaire fringant, et se prépara, sa lanterne brillant malicieusement.
22h : et l’obscurité changea !
Plus une route qui ne fut éclairée normalement, plus une rue piétonne qui se contenta de briller classiquement, plus un square à la lumière figée.
Partout, ça scintillait, ça clignotait, ça jouait du faisceau… Les routes étaient éclairées par la plus merveilleuse harmonie de tons, qui se modifiaient au fil du temps. Là, dans ce jardin, c’était des jeux de lumière surprenants éclairant tour à tour un arbre, une fleur, et même un banc. Ici, c’était le mât qui s’illuminait de haut en bas, puis disparaissait comme par enchantement. Là encore, on montrait un spectacle de faisceaux lumineux, façon grand concert de rock…
C’était génial… La ville était en fête de tous ses réverbères… Lux, brillant sur sa route, jouait à découper des ombres sur le sol : là un cœur, puis une étoile, une fleur…
Quant à Papi Lumen, sa vieille lumière dans sa lanterne, tournait telle celle d’un phare, pour mieux, disait-il, guider le père Noël dans ses voyages…
Noël pouvait arriver. Tout était prêt pour l’accueillir... !