Valérie Bonenfant
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Si vous souhaitez un jour aller sur Mars, voici l’atlas qu’il vous faut !
Toutes les cartes y sont consignées, au prix d’un minutieux travail…
L’œuvre de toute une vie d’un Martien savant, conscient de l’ampleur de sa tâche, et de son grand intérêt scientifique…
Quoi ? Mais, que me souffle-t-on ? Ses cartes seraient fausses… ! Pas possible !
Mais que représentent alors tous ces dessins ?
Venez vite le découvrir dans ce conte !
Il était une fois un habitant de la planète Mars du nom de Zbel, qui décida de consacrer sa vie à l’élaboration de cartes, donnant la géographie des lieux.
-« Ce sera une œuvre scientifique ! » déclama-t-il fièrement, « le fruit d’une vie de recherches… »
Sans plus tarder, il se mit au travail, et partit à l’observation du monde, son carnet de dessin et son crayon à portée de main. Là, il remarqua un petit mont aux contours découpés. Zbel mesura avec application, nota tous ses calculs, prit les empreintes de certains rochers, estima, évalua, pesa, renseigna des tableaux ardus, et griffonna des formules mathématiques savantes.
Ouf ! Quel travail ! Y consacrer toute sa vie ne sera pas de trop, car le territoire de Mars était grand et très torturé… Il y avait tant à faire…
Imperturbable, avec méthode, Zbel progressa dans sa démarche et constitua, petit à petit, un recueil de cartes qui s’étoffait au fil des mois.
Son atlas serait un grand livre, au sens où il deviendrait, pour les générations futures, un ouvrage incontournable. Zbel imaginait déjà les classes de petits martiens, en train d’étudier ses cartes… Oui, c’était sûr, son nom allait rester dans l’histoire. Cette pensée revigorante lui donna du baume au cœur. Avec joie, il se remit au travail.
Ah, là, il approchait d’un lac. Enfin, autre chose à mesurer que des rochers et des montagnes. Cette nouveauté n’était pas pour lui déplaire…
Il déploya alors ses instruments, spécialement adaptés à la mesure des étendues d’eau : mètre flottant, carnet étanche, stylo à bouée… Et même un petit radeau gonflable sur lequel il put se déplacer pour mieux apprécier les contours, vu de l’eau…
Son travail de scientifique était sérieux, et demandait une organisation irréprochable. Une qualité qui lui était propre…
Plus le temps passait, et plus Zbel prenait conscience de sa valeur de grand Martien, dont le travail allait marquer l’histoire de la planète.
Certes, il n’avait pas eu, sa vie durant, le moindre petit loisir, ni vécu la tendresse d’une relation amoureuse… Mais qu’importe, son destin était ailleurs, à la réalisation d’une œuvre magistrale, le reste n’ayant pas d’importance.
L’atlas progressait et Zbel avait dû se doter d’une valise à roulettes, pour transporter toutes ses cartes.
Avec le temps, il avait maintenant une grande barbe blanche, et il ne lui restait plus qu’à relever un petit quart de la planète. Il fallait qu’il se dépêche.
Alors, Zbel accéléra son travail. Ce serait trop bête de ne pas terminer. Il négligea certains paramètres, mais qui, au final, ne lui apparaissaient pas indispensables.
Voilà, il était maintenant près de finir. Tout au plus lui restait-il deux ou trois cartes à faire… L’atlas comptait désormais quelques milliers de pages, où figurait la cartographie des lieux, assortie de nombreux commentaires précisant le dessin.
Quand enfin, il mit l’ultime touche à sa dernière carte, ce fut pour lui un grand moment d’émotion. Enfin, ça y était ! L’œuvre de sa vie était terminée. Il ne lui restait plus qu’à amener le tout à l’académie des sciences, pour enrichir la connaissance de Mars. L’éminent académicien Zolbab le reçut :
-« Bonjour Zbel, vous avez, paraît-il, une contribution à faire à l’académie. De quoi s’agit-il ? »
-« Et bien, voilà ! J’ai établi la cartographie complète de la planète Mars. Chaque parcelle de territoire juxtaposable fait l’objet d’une représentation précise assortie de commentaires scientifiques d’observation. Je suis très fier et très heureux de vous remettre cet atlas qui constitue un grand pas pour Mars. »
Zolbab feuilleta le registre, intéressé. Tiens, le mont Zeus… Curieux, il ne s’était jamais rendu compte qu’il avait cette forme-là, étirée en forme de banane…
Et le lac Marsus… Bizarre, cette protubérance en forme de nez… Cela lui rappelait quelque chose, mais il ne se rappelait pas quoi…
-« Alors, qu’en dites-vous ? » demanda, sûr de lui, Zbel.
-« Hein, ah oui, l’atlas… » sursauta Zolbab, brusquement tiré de ses réflexions, « oui, oui, bien… » ajouta-t-il, machinalement, en regardant son interlocuteur.
Cette protubérance du lac, qui lui rappelait un nez déjà vu… C’était celui de Zbel ! Zolbab regarda de plus près la cartographie du lac Marsus : c’était le dessin du profil de Zbel, ça alors !
L’académicien feuilleta d’autres pages et tomba sur un dessin de l’œil du cartographe, soit disant la colline Vieille… Un peu plus loin, il vit le schéma de la main du soit-disant scientifique… A une autre page encore, son sourire, avec même les rides sur le côté…
Incroyable ! Ce Martien-là avait passé sa vie à se dessiner, pensant qu’il représentait la planète… !
-« Merci Zbel » dit l’académicien, « nous allons examiner votre travail, et le diffuserons ensuite officiellement, si nous le jugeons digne… »
Zbel s’en alla, l’âme soulagée. Ca avait été lourd à porter, une vocation de toute une vie… Enfin, il allait avoir du temps à consacrer à autre chose.
Quant à son atlas, contre toute attente, il reçut un agrément de l’académie des sciences…pour être étudié par les élèves médecins qui planchaient sur l’anatomie du corps des Martiens…