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TO KA PA WÈ LI ? aladyn 64 ans Format imprimable  Format imprimable (pour imprimer le conte)

« Il avait un je ne sais quoi de frémissant qui trahissait sa sensibilité restée vive et neuve »  BOURGET

 

« Où est donc passée cette sale bête. Tu l’as pas vu toi qui es toujours à traîner dans la cour le nez en l’air, à rien faire. Tu l’aurais pas laissé partir au moins ? »

 

La sale bête, c’était le cochon de Noël que l’on avait acheté minuscule et que l’on avait engraissé mois après mois pour qu’il soit « fin prêt » pour les fêtes de fin d’année.

Celui qui était toujours dans la cour à rêvasser, c’était le dernier né de la famille, un petit bonhomme de sept ans qui était plus tourmenté par les conciliabules des kikiwis dans le manguier de la cour que par les préoccupations paternelles.

Dans notre Guyane du bon vivre, ce jour là, le soleil étincelait dans un ciel de décembre d’un bleu presque sans tache. Les magasins de Cayenne étaient « enguirlandés » de tous côtés et leurs vitrines débordaient de futurs cadeaux.

Ça et là, au milieu du marché et sur les plus larges trottoirs, des sapins majestueux semblaient avoir poussés en quelques jours, comme par magie.

Notre petit bonhomme était ébahi devant tant de merveilles. Il trépignait de voir les trains électriques qui allaient et venaient d’un tunnel à l’autre. Il ouvrait des yeux tout ronds en face de poupées qui bougeaient toutes seules tête, bras et jambes. Tout aurait été féerique s’il n’y avait pas eut un couac.

Quand il passa devant la vitrine d’un boucher, il aperçut les têtes des porcs sacrifiés dont la langue pendait lamentablement.

Cet affligeant spectacle le ramena à sa triste réalité. Comme chaque fin d’année, il allait voir son père tuer son ami d’infortune. Lui qui l’avait nourri, dorloté, cajolé, il allait être l’impuissant spectateur de sa mise à mort. Maintenant qu’il avait un prénom et faisait partie de la famille, c’était presque un crime impardonnable.

De l’aiguisage du couteau pointu au buclage, de  l’éviscération au tranchage de tête, rien ne lui serait épargné. Pour devenir un homme, il devait être instruit des choses de la vie. C’était la philosophie de la maison.

A cette époque-là, les enfants étaient confrontés aux travaux en tous genres. Il fallait de la main d’œuvre obéissante et gratuite, et dès que leur force et leur dextérité le pouvaient, les filles et les garçons, étaient des « collaborateurs » privilégiés.

Pour en revenir à notre « salle bête » de cochon, après le triste spectacle aperçu dans la boucherie guyanaise. Pour cette fin d’année, notre malicieux timoun décida de trouver un ingénieux moyen pour épargner une fin atroce à son infortuné compagnon.

Dans la forêt proche de l’abattis, le jeune garçon installa l’animal à sacrifier dans un cabanon de fortune qu’il avait habilement édifié.

L’espiègle gamin était heureux de pouvoir sauver son pauvre ami mais surtout, il jubilait de jouer un vilain tour à son père.

Quand au cochon : il  semblait enchanté de toute la nouvelle attention particulière de ce petit maître empressé. On chercha pendant toute une journée, avec sérieux et aplomb, l'impertinent animal dans les alentours de la case familiale. Notre petit bonhomme participa même activement aux recherches.

Mais ce bonheur partagé ne dura que peu de temps avant que l’inexorable fatalité ne s’en mêla. Comme si, les cochons de Noël devaient toujours finir ici en jambon où en boudins pour Noël : le chien de la maison découvrit assez vite la cachette pour que, comme de coutume, les délicieux plats préparés à partir de notre malheureux suidé finissent en bonne place, sur la table des fêtes.

Prétextant d’atroces maux de ventre, notre timoun refusa de manger son ami (même ainsi expertement apprêté).

Sa mère conclut l’histoire en créole. Elle expliqua avec le sourire :

 « Cette année, on a bien faillit être privé de boudin et de jambon pimenté.

Figurez-vous que notre cochon s’était installé dans une autre case et que c’est mon petit garçon qui avait joué aux déménageurs ! ».

Notre petit « déménageur » débutant comprit ce jour-là, que le monde des adultes serait bien difficile à accorder à une trop grande sensibilité.







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Isabelle de contes.biz